Industrie

Esope: même les rebuts attisent la concurrence!

Majoritairement spécialisée dans le recyclage de déchets électriques et électroniques, l’entreprise de Champagne-Mouton doit faire face à une concurrence acharnée
Esope traite actuellement 1.000 tonnes de déchets électriques et électroniques. Elle pourrait en traiter 3.000 tonnes (photo Majid Bouzzit)

Chez Esope, à Champagne- Mouton, il y a belle lurette qu’on ne se raconte plus de fables. Pas question de croire que la récupération des déchets électriques et électroniques mène à la fortune. «C’est très concurrentiel, comme dans l’industrie, comme dans le commerce.» Ulrike Besse est depuis l’an passé l’une des deux cogérants, avec Daniel Lalu, de l’entreprise Esope (Economie sociale pour l’environnement), une entreprise dite «adaptée», dont 13 des 19 salariés sont handicapés.

Pour elle, travailler dans le domaine de l’environnement ou pas, les règles restent les mêmes. La preuve, en août dernier, Esope a raté l’agrément des éco-organismes. Du coup, «on a perdu le marché Calitom». Depuis 2005, les produits électriques et électroniques des sept déchetteries habilitées aboutissaient dans les ateliers de l’entreprise. «Cela représentait entre 10 et 12 tonnes, voire plus, car les tonnages ont considérablement augmenté les derniers mois.» Un sale coup que, dans une économie libérale, Esope doit digérer.

Aujourd’hui, Esope traite chaque année 1.000 tonnes de déchets.A70 %, il s’agit de «D3E», sigle utilisé pour «déchets électriques et électroniques ». Principalement donc des ordinateurs, des vieux téléviseurs...Appareils de production, appareils médicaux, fin de production de plastique ou autres matériaux constituent le reste de l’activité.

Équipée pour traiter 3.000 tonnes

Les clients, situés à 60 % en Poitou- Charentes, sont tous des industriels, des collectivités. En aucun cas des particuliers. La préfecture, la Trésorerie, mais aussi la Région figurent parmi ces clients. Notamment lorsqu’il a fallu recycler120 tonnes de vieux matériels informatiques des lycées. «Industriels, commerçants, ont obligation de faire recycler leur production par des entreprises comme nous, rappelle Ulrike Besse. Et pour beaucoup, cela entre dans leurs exigences dans le cadre de leur démarche qualité.»

Un secteur appelé donc à se développer, mais qui attire aussi les concurrents. Esope en sait quelque chose, et continue donc son développement. En début d’année, deux nouvelles personnes ont été embauchées. L’achat d’une presse de 80 tonnes, pour faire des balles avec le carton et le plastique récupérés, est au programme. Il faudra aussi sans doute un broyeur. Question d’efficacité, encore et toujours. Cette année, l’entreprise devrait augmenter son chiffre d’affaires de 5 % environ, à 500.000 €. «Ce n’est pas beaucoup, pointe Ulrike Besse. Les marges sont très limitées. Il ne faut pas s’imaginer que c’est un rapport exceptionnel.» Reste que les possibilités de progression existent chez Esope. «Tels que nous sommes, nous pourrions traiter 3.000 tonnes de déchets », poursuit la cogérante. Traiter, cela signifie réceptionner, identifier, répertorier, puis démonter et trier. Au bout des chaînes manuelles, beaucoup de ferraille, beaucoup de plastiques de toutes sortes. Identifiés, ils sont alors séparés, broyés et mis en balle. D’autres entreprises les recycleront. Les coques d’ordinateurs, elles, partent entières chez un négociant de plastique.

Pas de mine d’or ou d’argent

Restent aussi les cartes électroniques qui peuvent contenir quelques métaux précieux, tels que de l’or, de l’argent. «Mais ça représente quelques grammes seulement», s’empresse de préciser Ulrike Besse. D’abord pour stopper tout fantasme, ensuite pour écarter de son entreprise tout acte de malveillance. De toute façon, Esope n’est pas équipée pour broyer puis séparer des cartes les fameux milligrammes précieux. Elles sont juste triées, avant de suivre ce dépeçage minutieux ailleurs.

«Aujourd’hui, on peut retraiter 90% du matériel. Il n’y a que 10% de déchets ultimes.» Une proportion qui pourrait encore s’améliorer, estime Ulrike Besse. Un raisonnement économique, mais pas seulement. Ulrike Besse a aussi investi ses convictions personnelles dans cette entreprise. «Si c’était uniquement pour des raisons de revenus, d’autres branches seraient bien plus intéressantes», sourit-elle.

Philippe ANDRÉOULIS



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