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Dix milles palettes sortent chaque jour des chaînes de fabrication de l’entreprise Destampes, à Etagnac. Dont quelques palettes de récupération, qui ont été triées et réparées. Une activité de la société depuis une dizaine d’années. «Mais on le fait vraiment sérieusement depuis cinq ou six ans», note son PDG, Jean- Paul Destampes.Aujourd’hui, les palettes recyclées représentent «10 % à 12% de notre activité», précise le chef de cette entreprise familiale, créée en 1952 par son père. Une part d’activité qui ne cesse de croître. A l’image de la société tout entière. Elle devrait terminer l’année avec un chiffre d’affaires d’au moins 22 millions d’euros. Une progression de 10 %à 15 %par rapport à l’année dernière pour cette société qui se classe parmi les cinq entreprises du genre en France.
Aussi rentable que la palette neuve
Côté personnel, Destampes compte 120 employés: 90 sur le site d’Etagnac et 30 en région parisienne, à la limite de l’Eure et de l’Oise. Une société rachetée au début des années 1990. Sur cet effectif, huit personnes travaillent uniquement dans l’annexe consacrée au recyclage. «On récupère, on trie, on répare, on revend et on broie ce qui reste, et ça termine en panneau de particules», détaille Jean-Paul Destampes. «Globalement, le recyclage est aussi rentable que la fabrication neuve, explique-t-il. Les ratios sont les mêmes.» C’est bien d’ailleurs pour cela que l’entreprise a pris le chemin du recyclage. Le souci environnemental ou encore une certaine image de marque écolo n’ont pas, reconnaît Jean-Paul Destampes, joué un rôle «essentiel».
Plus important en revanche est le label PEFC (Programme européen des forêts certifiées), qui signifie «qu’une majorité du bois qu’on utilise provient de forêts gérées durablement». Une exigence notamment d’International Paper, papeterie voisine, à Saillat, à qui l’entreprise Destampes livre chaque année 30.000 tonnes de déchets de bois, issues soit de ses scieries, soit de la fabrication même de palettes. Ces déchets rentrent alors dans la fabrication du papier. Les 5.000 tonnes de déchets de l’atelier de réparation de palettes, qui finissent en panneau de particules dans des entreprises des Landes et du Loiret, n’ont pas cette qualité. Mélange d’essences, d’éventuelles traces de peinture les caractérisent (1). Ce n’est pas la seule raison qui explique que cette filière soit physiquement séparée du coeur de l’entreprise. Sa nature même fait qu’elle ne peut pas être automatisée. Sa production ne peut prétendre à la même précision que des palettes sortant de chaînes modernes.
Un gisement limité dans la région
Grande distribution, industriels, il n’y a pas de profil type de fournisseur de vieilles palettes. Ces dernières sont soit livrées directement à Etagnac par le client lui-même, soit reviennent dans les camions partis livrer des palettes neuves. Pour compléter son activité, Destampes fait travailler deux entreprises d’insertion, l’une à Angoulême, l’autre à La Souterraine. Mais les perspectives de progression sont multiples. Dans un secteur très concurrentiel, Destampes a opté pour le développement, pour échapper aux concentrations voulues par les gros clients de palettes. Mais Jean-Paul Destampes reste dans le flou après avoir évoqué l’hypothèse d’un troisième site de production. Reste que l’activité de l’entreprise doit aussi coller à la réalité du territoire. «En région parisienne, 70 % des palettes sont des palettes recyclées. » Dans la région, le gisement n’est pas suffisant. D’autant plus que Destampes réalise 60 % de son activité dans les deux régions Poitou- Charentes et Limousin, et même surtout en Charente et Haute-Vienne. Et qu’il n’est pas question de faire venir de trop loin des palettes à réparer. La protection de l’environnement se mesure aussi au nombre de kilomètres réalisés. Ou économisés.
(1) Les déchets de bois (en l’occurrence ici les écorces) servent aussi à alimenter les séchoirs à palettes de la société.
Philippe ANDRÉOULIS